Littérature, cinéma et autres « turqueries »
Littérature, cinéma et autres « turqueries »

 

Ce qui frappe le voyageur lorsqu'il découvre le pays à partir d'Istanbul, c'est l'image d'une terre-carrefour. Ouverte sur quatre mers, arrimée sur deux continents asiatique et européen, la Turquie est une terre de passage pour les hommes et d'accueil pour les cultures et les croyances. Elle occupe l'espace comme un pont, une porte ouverte vers l'Orient et l'Occident. Ancrée en Anatolie, la Turquie s'est fortifiée des influences du grand large. Dans son creuset se sont brassés nombre de peuples indo-européens et d'Asie centrale, succédé bien des pouvoirs conquérants, fortifiées et confrontées de multiples croyances et hérésies, tous porteurs de riches savoirs qui se sont imprégnés l'un l'autre au fil du temps.  

La force de ce territoire d'accueil est d'avoir laissé décanter sur son sol, au cours des siècles, le génie de ses maitres successifs, d'avoir abrité des empires magnifiques (hittite, byzantin, etc.) dont le plus puissant sinon le plus durable reste - sans aucun doute - l'empire ottoman. D'où cette fierté qui habite le regard de ce paysan turc, héritier de tant de grandeurs passées. D'où cette marqueterie originale ou se juxtaposent les styles architecturaux et les emprunts qui parsèment sa langue de sonorités étrangères.

 

Quels romans lire pour découvrir Istanbul à travers les époques ?

Un même lieu, mais des noms et des époques différents, avec leurs personnages charismatiques : de l’impératrice Théodora à Atatürk en passant par Soliman le Magnifique. Sans oublier tous les Stambouliotes anonymes qui nous plongent dans le quotidien de ces byzantins, ottomans, turcs, arméniens, juifs… qui ont façonné la ville.

Voici donc une liste, évidemment non-exhaustive, de mes livres préférés sur Istanbul. Au fil des pages, les bâtisseurs et acteurs de la cité qui ont marqué leur époque vous permettront de vous repérer dans l’histoire de Byzance, Constantinople, Istanbul…

 

Les romans sur Constantinople et l’empire Byzantin

• Théodora, impératrice d’Orient – Guy RACHET :

Ce roman raconte l’ascension incroyable de cette jeune fille du peuple qui deviendra l’une des plus grandes impératrices byzantines, Théodora, épouse de l’empereur Justinien. À travers son histoire, nous est décrite la vie dans les rues de Constantinople et les intrigues du Palais.

 

Les romans sur les Turcs d’Anatolie, avant la prise de Constantinople

• Soufi, mon amour – Elif SHAFAK :

C’est l’histoire de Celaleddin Rumi et de sa rencontre avec Shams de Tabriz, à Konya. C’est aussi l’histoire de la fondation des fameux derviches tourneurs !

• La Sultane Mahperi et la Sultane Gurdju – Gisèle DURERO-KÖSEOGLU :

Une saga en 2 tomes sur l’empire seldjoukide de Rum. Elle met notamment en scène le sultan Alaeddin Kekubad Ier et son successeur, vu par deux sultanes.

Les romans sur Istanbul et l’empire Ottoman

• La chute de Constantinople – Edward GIBBON :

Ce livre n’est pas tout à fait un roman. Il s’agit de l’extrait de « l’Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain » écrit par un historien du XVIIIe siècle. Mais ce récit historique reste agréable à lire. Il est bien sûr très documenté. 

• Le Yatagan : L’Espionne ottomane – La Sublime Porte – L’ombre de Dieu – trilogie de Alain de SAVIGNY :

Cette trilogie se déroule à l’apogée de l’empire ottoman, sous le règne de Soliman le Magnifique. L’auteur nous fait voyager aux quatre coins de l’empire et sur la Méditerranée. Le héros croise les plus grands personnages de cette époque, tels que Soliman, mais aussi Barberousse, le célèbre corsaire au service du sultan, qui fera de Mare Nostrum un lac ottoman !

• Aziyadé – Pierre LOTI :

Un grand classique, indispensable ! Pierre Loti est l’écrivain français le plus connu et le plus aimé des Turcs. À tel point que l’on retrouve son nom un peu partout à Istanbul : rues, cafés, écoles… Jusqu’à la « Colline Pierre Loti », au fond de la Corne d’Or. Aziyadé est son premier roman, qui tient davantage du journal intime. C’est le récit de sa rencontre avec la jeune épouse d’un riche Turc ottoman. Loti, jeune marin français en permission à Istanbul, aime jouir des plaisirs de la vie. Il s’installe pourtant dans ce quartier traditionnel ottoman, où il tombe amoureux de la culture turque autant que de sa jeune Aziyadé.

• Fantôme d’Orient – Pierre LOTI :

Dans ce roman, Loti est de retour à Istanbul après plus de dix ans d’absence. Il sent la mort de sa bien aimée dans son cœur. C’est, pour lui, le temps de la nostalgie, à la recherche de la tombe où il pourra se recueillir.

• Les désenchantées – Pierre LOTI :

Voici Loti qui revient une nouvelle et dernière fois à Istanbul. L’une de ses admiratrices, femme de harem tout comme Aziyadé, entre en contact avec lui. Rencontres clandestines dans une époque qui touche à sa fin…

• La princesse morte – Kenizé MOURAD :

Voilà le sultanat aboli. Toute la famille impériale se voit contrainte à l’exil, y compris la toute jeune Selma, qui n’est autre que la mère de l’auteur. Ce roman est donc le récit d’une histoire vraie, vécue par une jeune princesse déracinée, au caractère bien trempé, qui devra se reconstruire d’abord au Liban, puis en Inde et enfin en France.

 

Les romans sur Istanbul et la République de Turquie

Roman sur le peuple arménien de Turquie

• La Bâtarde d’Istanbul – Elif SHAFAK :

L’auteur aborde habilement un sujet encore polémique en Turquie. Elle nous fait pénétrer dans l’intimité de familles arméniennes et turques, marquées par les événements tragiques de 1915. Elle nous éclaire sur l’histoire de ces communautés arméniennes en exil et sur leur perception de la Turquie d’aujourd’hui.

 

Roman sur la guerre d’indépendance

• L’autre rive du Bosphore – Theresa REVAY :

À la fin de la Première Guerre mondiale, l’empire ottoman est vaincu et démantelé. Les Alliés se partagent le gâteau. Les Turcs doivent vivre avec l’occupant anglais, français, italien et surtout grec. Ce roman se déroule dans ce pays en pleine guerre d’indépendance conduite par Atatürk.

 

Roman sur les échanges de population

• Le fil des souvenirs – Victoria HISLOP :

Après la victoire d’Atatürk et l’indépendance retrouvée des Turcs, des échanges de populations ont lieu. Les 400 000 musulmans de Grèce sont envoyés en Turquie et les 1,3 million d’orthodoxes de Turquie sont renvoyés en Grèce. Dans son roman, Victoria Hislop nous raconte comment ce fait historique va bouleverser la vie des habitants de Thessalonique.

 

Roman sur le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale

• Dernier train pour Istanbul – Ayse KULIN :

Ce roman aborde l’histoire peu connue des Juifs qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, seront sauvés des nazis grâce à quelques diplomates turcs. Ces derniers feront venir en Turquie des juifs de nationalité turque, mais pas seulement...

 

Romans sur la Turquie contemporaine

• Le musée de l’innocence – Orhan PAMUK :

Orhan Pamuk est l’auteur turc le plus connu en France, du fait de son prix Nobel de littérature obtenu en 2006. Pourtant, ses romans ne sont pas toujours très faciles à lire, voire parfois indigestes…

• Mèmed le mince - Yaşar KEMAL /Gallimard :

Il s'agit d'une œuvre de Yaşar Kemal, grand écrivain et père de Mèmed le mince. Dans cette saga, l'auteur narre l'épopée du jeune Mèmed, en lutte pour la liberté contre les aghas, tyrans de la terre devenus patrons d'usine. Géant de la littérature turque, Yaşar Kemal a été pressenti plusieurs fois pour le Nobel et ses romans ont été traduits dans une trentaine de langues.

• La madone au manteau de fourrure - Sabahattin ALI / Le serpent à plumes :

Dans le Berlin des années 1930, au cours d'une exposition, le jeune Raif Efendi se retrouve nez à nez avec la Madone au manteau de fourrure. Il tombe éperdument amoureux de cette femme, Maria Puder, qui a peint son autoportrait et qu'il n'a encore jamais vue. Ce roman écrit il y a plus de soixante-dix ans est l'un des plus gros succès de librairie de ces dernières années, en Turquie. Depuis 1998, il s’est vendu à près de 1 million d'exemplaires.  

• Un long été à Istanbul - Nedim GÜRSEL /Gallimard :

Nedim Gürsel a fêté en 2016 son cinquantième anniversaire d'entrée dans la littérature. Publié en France en 1980, Un long été à Istanbul est son premier récit. Il retrace la période de répression qui a suivi le coup d'État de 1971. Pour ce livre, l’auteur a reçu le prix de l'Académie de la langue turque en 1976, la plus haute distinction littéraire du pays.

• Encore - Hakan GÜNDAY / Galaade :

Le récit de Gazâ, un enfant de 9 ans qui se retrouve au cœur d'un trafic de clandestins en route vers l'Europe. Décrit comme « l'enfant terrible de la nouvelle génération des écrivains turcs », Hakan Günday a reçu le Prix Médicis étranger 2015 pour ce roman.

• La moustache - Tahsin YÜCEL /Actes Sud :

C'est l'histoire d'une moustache, et de celui qui la porte : Cumali. Dans son livre, Tahsin Yücel s'amuse des vertus associées à cet attribut masculin en Turquie, où la moustache a longtemps été signe d'honnêteté et porteuse de connotations sociales et politiques.

• L'institut de remise à l'heure des montres et pendules - Ahmet Hamdi TANPINAR /Actes Sud :

Hayri Irdal, le personnage principal, est l'un des premiers antihéros de la littérature turque. À la fin de l'empire ottoman et au début de la République, un drôle d'horloger dénonce les rouages d'une société bureaucratisée. Ahmet Hamdi Tanpınar livre avec ce roman une véritable satire de la société turque.

• Mon nom est rouge - Orhan PAMUK /Gallimard :

Imaginez Istanbul en 1591, recouvert de son manteau blanc d'hiver. Puis imaginez un cadavre au fond d'un puits. Imaginez enfin que celui-ci vous raconte la façon dont il a été assassiné. Orhan Pamuk, premier écrivain turc à avoir reçu le prix Nobel de littérature, en 2006, mêle ici intrigues policières et amoureuses,et vous fait plonger dans l'univers de l'empire ottoman.

• La ville dont la cape est rouge - Asli ERDOĞAN /Actes Sud :

Le lecteur part à la rencontre d'Ozgür et suit cette jeune étudiante stambouliote dans les tourments de Rio. Si son voyage ne se passe pas exactement comme elle l'avait prévu, il va pourtant lui permettre d'écrire le livre de sa vie…

• L'homme désœuvré -  Yusuf ATILGAN /Actes Sud :

Paru en 1959, L'homme désœuvré est, comme Mèmed le mince de Yaşar Kemal ou L'institut de remise à l'heure des montres et pendules d'Ahmet Hamdi Tanpınar, l'un des classiques du roman turc contemporain. Très éloigné des idéaux de la république kémaliste, le narrateur – amoureux maladroit et désabusé - témoigne de son incapacité à être en phase avec la société à laquelle il appartient.

• Sur les terres fertiles - Orhan KEMAL /Gallimard :

Sur les terres fertiles emmène le lecteur en plein exode rural, sur les traces de trois paysans qui quittent leur village d'Anatolie centrale pour la ville d'Adana, afin d'y trouver un travail plus lucratif. Ce roman a été adapté au cinéma en 1979 par le réalisateur turc Erden Kıral. Le prix du roman Orhan Kemal est décerné chaque année, depuis 1972, en Turquie.

Les poèmes de Nâzım HIKMET :

Vous avez déjà certainement entendu parler de ce grand poète? Jugé, emprisonné en Turquie pour marxisme, condamné à mort en 1933, puis finalement gracié, il a écrit la plus grande partie de ses poèmes en prison. Des poèmes dans lesquels Nâzım Hikmet chante son combat pour la justice, l'espoir et la liberté.

 

5 octobre 1945

Nous savons tous deux, ma bien-aimée,

qu'on nous a appris

à avoir faim et froid ;

à crever de fatigue

et à vivre séparés.

Nous ne sommes pas encore obligés de tuer,

il ne nous est pas encore arrivé de mourir.

Nous savons tous deux ma bien-aimée,

que nous nous pouvons apprendre aux autres

à combattre pour les nôtres

et à aimer chaque jour un peu plus

chaque jour un peu mieux

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002

Bonne lecture ! 

 

Le cinéma turc a 105 ans ! 

Un peu d'histoire

L'industrie cinématographique turque s'est beaucoup développée ces dernières années, mais avant de parler de cinéma moderne, j'aimerais revenir à la genèse de notre cinéma.

Le premier film turc projeté en public fut un documentaire sur la chute du monument russe Ayestefanos, réalisé par Fuat Uzkinay. Bien sûr, les Turcs avaient fait la connaissance du cinéma bien avant, au temps de l'empire ottoman. En décembre 1895, L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat fut présenté dans l’enceinte du Lycée de Galatasaray (mon école).

Chronologie rapide 

1919 - MÜREBBİYE - Le premier film turc à avoir été censuré

1921 - BİCAN EFENDİ - La première comédie turque

1931 - İSTANBUL SOKAKLARINDA - Le premier film turc parlant

1949 - ÇIĞLIK - Le premier film d'horreur turc

1953 - HALICI KIZ - Le premier film turc en couleur

Dans les années YEŞILÇAM (nom donné à l'ancien cinéma turc), de nombreux films romantiques et des comédies ont été réalisés, faisant ressortir les talents de comédiens turcs. On remarque cependant que les chefs d'œuvre du cinéma de l'époque n'étaient pas tournés à Istanbul, mais plutôt dans les villages de l'Anatolie profonde.

Entre les années 1960 et 1980, on compte parmi les meilleurs metteurs en scène le célèbre Yilmaz Güney et Metin Erksan.

Parlons maintenant du cinéma turc contemporain. C'est dans les années 1990 qu'il explose et devient l'un des plus importants du monde (4e position en 1996). La Turquie commence alors à être représentée dans les festivals internationaux et  remporte des prix.

Aujourd'hui, le cinéma turc est largement diffusé à l'étranger, il est récompensé et plusieurs réalisateurs turcs jouissent d’une réputation internationale. Parmi eux : Nuri Bilge Ceylan, Fatih Akin ou Reha Erdem

Suite à la Palme d'or de Yılmaz Güney pour Yol au Festival de Cannes en 1982, c’est le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan qui a reçu la Palme d’Or en 2014 pour son film Winter Sleep. La plus haute récompense du Festival Cannes a été décernée au film « Winter Sleep » réalisé par Nuri Bilge Ceylan en 2014, année du 100e anniversaire du cinéma turc.

Parmi les films célèbres qui ont été tournés en Turquie, on peut citer Bons baisers de Russie (1963), film d'espionnage de la saga James Bond avec Sean Connery, le crime de l'Orient-Express (1974), Skyfall (2012), Topkapi de Jules Dassin (1964), Médée de Pier Paolo Pasolini avec La Callas (1969)...

 

Les « turqueries »

C'est à un autre voyage, amusant, instructif et étonnant auquel nous vous convions…

Les « turqueries » – autrement dit « le thème turc » a joué un grand rôle dans la littérature et les arts (peinture, musique, ballet, objets décoratifs…) en France. Si les croisades ont mis en contact l’Orient musulman et l’Occident chrétien, la prise de Constantinople et la montée en puissance de l’empire ottoman ont fait des Turcs ottomans les principaux représentants de l’Orient en Occident. Pour les écrivains français, « le thème turc » représentait l’altérité par excellence. Peu importait la véracité de l’image, la fiction française s’était emparée du « Turc ». Georges de Scudéry relate l’histoire du célèbre Ibrahim, vizir du sultan Soliman le Magnifique, dans Ibrahim ou l’illustre Bassa.

Le grand Racine, si respectueux des règles classiques, ose contourner la tradition des sujets antiques en prétendant que « l’éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps » et crée Bajazet, une tragédie dont le héros est le prince ottoman du même nom… À ne pas confondre avec le Bajazet de l’opéra de Vivaldi – un sultan vaincu par Tamerlan.

Bien avant Molière, Rotrou fait parler ses personnages en turc dans sa pièce La Sœur. Molière reprendra ce procédé avec le succès que l’on connaît dans Le Bourgeois gentilhomme, la turquerie par excellence du XVIIe siècle, où se mêlent des personnages turcs, la musique de Lully, directement inspirée des sonorités turques, les costumes et les pas de danse « à la turque ». Ainsi, Molière lance la mode de se moquer des Turcs.

Grâce à la Bibliothèque orientale d’Herbelot, l’érudition passe également par les turqueries. Au XVIIIe siècle, la critique et la philosophie s’en mêlent. Voltaire rapporte les paroles du vieux Turc d’Istanbul. On trouve aussi des turqueries dans la littérature licencieuse, voire érotique. Au XIXe siècle, elles se fondent dans l’Orientalisme et prennent des accents politiques. Peut-on dire que, de nos jours, cette tradition se perpétue, après avoir subi, certes, quelques transformations ? Peut-on considérer La Pasión turca d’Antonio Gala ou Le Turquetto de Metin Arditi comme des turqueries contemporaines ?

 

La musique classique : Turquerie  « Alla turca »

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)
Le Bourgeois Gentilhomme
Marche pour la cérémonie des Turcs

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)
Les Indes galantes - Le Turc généreux : opéra-ballet 

Michel CORRETTE (1707-1795)
Concerto Comiques

Christoph-Willibald von GLUCK (1714-1787)
La Rencontre imprévue : opéra comique 

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
L’Enlèvement au sérail 
La Marche turque 

Ludwigvan BEETHOVEN (1770-1827)
La Marche turque

Gioacchino ROSSINI (1792-1868)
Le Turc en Italie : opéra-bouffe 

Giuseppe VERDI (1813-1901)
Il Corsaro

 

Ainsi, saviez- vous que...

La turquoise, cette pierre fine d'un bleu tirant sur le vert porte un nom dérivé du mot « turc » pour la simple et bonne raison que, pendant très longtemps, les turquoises venaient exclusivement de Turquie.

Turkey pour dire « dindon ». Le « rouge d'Andrinople » (ancien nom de la ville d'Edirne) ou « rouge turc » a longtemps été une teinture très recherchée, voire la plus recherchée. Son secret était dérivé de la garance d'Anatolie, et c'est en se référant à ce rouge turc que les Anglo-saxons nommèrent « turkey » le dindon, grand oiseau originaire d'Amérique à la tête et aux caroncules pourpre.

Selon la croyance ancestrale anatolienne, le nazar boncuk, perle bleue de verre est une représentation symbolique destinée à déjouer les malheurs que peut répandre le mauvais œil.Toujours selon cette croyance très vivace dans la société Turque, le regard Nazar ou mauvais œil, associé à trop de compliments ou de flatteries, finit par se transformer en jalousie et avoir des effets négatifs. L'œil bleu en pâte de verre est là pour agir comme un leurre et neutraliser ces mauvais regards.

Vous connaissez l’expression « être assis à la Turque » ? Elle signifie tout simplement être assis en tailleur.

Bachi-bouzouk, la célèbre injure de l'inénarrable capitaine Haddock, complice du célèbre reporter Tintin, est un mot composé turc. Il signifie « têtes cassées », dans le sens de « têtes folles ». L'expression désignait les soldats irréguliers de l'armée impériale ottomane.

Bécassine chez les Turcs : l’un des albums de BD consacrés aux aventures de la célèbre Bécassine s'intitule Bécassine chez les Turcs (paru chez Gautier-Languereau en 1919). Extrait : « Mehmet répétait : Am-stram-gram ! Am-stram-gram ! puis il s'écria : “Ce sont des Tataratafghans !” ». Et il expliqua que les Tataratafghans étaient une tribu turque qui perchait, il y a des siècles, sur la pointe de je ne sais plus quelle montagne d'Asie. Il ajouta : “Un illustre professeur allemand a consacré sa vie à étudier la langue des Tataratafghans. Les mots Am-stram-gram sont les plus usuels…” »

Les semahs peuvent être décrits comme un ensemble de mouvements corporels mystiques et esthétiques exécutés en harmonie rythmique. Les rituels des Semahs reposent sur le concept de l’unité avec Dieu, qui se réalise à travers un cycle naturel : l’être humain vient de Dieu et retourne vers Dieu.

La tulipe, qui a pris son nom de sa forme en turban – du turc tülben, a été découverte en Turquie, où elle poussait à l'état sauvage. Elle fut cultivée dans les jardins d'Istanbul avant d'être exportée en Autriche (XVIe siècle) puis aux Pays-Bas (XVIIe siècle). Utilisée pendant de longs siècles comme élément décoratif dans l'art turc, avec quelques autres fleurs prisées, la tulipe donnera son nom à une époque historique : « l'ère des tulipes », de 1703 à 1717, sous l'empire ottoman. Voyageant en Turquie au début du XVIIe siècle, George Sandys écrivit : « On ne peut sortir dans la rue sans que des derviches ou des janissaires ne vous offrent des tulipes et des bagatelles ». Les premiers voyageurs occidentaux découvrirent avec émerveillement la passion des Ottomans pour cette fleur, qu'ils avaient l'habitude d'arborer, fichée comme une aigrette dans les plis de leur turban.

Le site néolithique de Çatalhöyük, unique au monde, témoigne de l’évolution sociale et culturelle de l’homme au cours d'un processus historique qui s’étend sur 9 500 ans. Ce site archéologique incomparable témoigne du passage de la vie agricole à la vie sédentaire. Çatalhöyük, qui se situe à 11 km de la commune Cumra de Konya, province de l’Anatolie centrale, est considéré comme l’un des premiers lieux d’habitation de l’humanité et comptait environ 8 000 habitants. La ville antique, qui est un bel exemple de lieu d’habitation préservé de l’âge néolithique, est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.  

Göbeklitepe, le plus beau temple du monde. La communauté scientifique estime que l'organisation nécessaire à la construction de cet édifice vieux de 12 000 ans, mis au jour en 1995 et classé en juillet 2018 au patrimoine mondial de l'Unesco, constitue l'une des premières manifestations d'une civilisation fondée sur des distinctions sociales. Göbeklitepe (la "colline au nombril" en turc), est édifié sur une butte artificielle de huit hectares à l'extrémité nord du Croissant fertile, non loin de l'actuelle ville de Sanliurfa. Les premières fouilles, conduites en 1995, ont révélé une série de structures circulaires, habitées durant mille ans avant d'être englouties et dissimulées au reste de l'humanité pendant une dizaine de milliers d'années.

Le traité de Kadesh est le plus ancien traité de paix au monde. Il fut conclu entre les Hittites et les Égyptiens en 1286 avant J.-C. (musée archéologique d'Istanbul), et signé par Ramsès II et Hattusili III. La reine des Hittites Puduhepa y apposa également son sceau. Une copie de ce document a été offerte par la Turquie aux Nations unies. Elle est exposée à l'entrée de la salle du Conseil de sécurité. 

Puduhepa, reine du royaume hittite en Asie mineure (actuelle Turquie) et prêtresse (XIIIe siècle avant J.-C.). Elle régna pendant soixante-six ans et joua un rôle politique et religieux majeur. Considérée comme l’une des femmes les plus influentes du Proche-Orient antique, elle exerce le pouvoir main dans la main avec son mari, participant avec lui aux décisions les plus importantes. Elle possède son sceau personnel, qui lui permet designer ses propres décrets, en particulier pour rendre la justice. Puduhepa occupe également une place considérable en matière de diplomatie. Elle correspond notamment avec Ramsès II, avec qui elle négocie le mariage de deux de ses filles. Elle est aussi en relation avec la grande épouse royale Néfertari.

Le site archéologique de Troie, chargé de 4 000 ans d'Histoire, est l'un des plus connus au monde. Ses nombreux vestiges témoignent du premier contact entre les civilisations de l'Anatolie et celles du monde méditerranéen. Le siège de cette ville par les guerriers grecs, immortalisé par Homère dans l'Iliade, a inspiré les grands artistes du monde entier.

« Toucher le pactole » : ​​​le Pactole est une rivière aurifère, qui scintille de paillettes d'or. Elle se trouve en Lydie, dans l'actuelle Turquie. Dionysos promit au roi Midas d’exaucer le vœu de son choix. Le roi lui demanda le pouvoir de transformer tout ce qu’il toucherait en or. Mais ce vœu fit rapidement son malheur : il ne pouvait plus ni manger ni boire puisque tout ce qu’il touchait se changeait en métal précieux. Il demanda alors à Dionysos de l’annuler. Pour cela, il dut se laver les mains dans le Pactole, précipitant dans son courant de nombreuses pépites d’or. C’est en référence à cet épisode de la mythologie que l’on parle de « pactole » pour désigner une grande richesse.

La créséide, l'une des plus anciennes monnaies d'or pur frappée et connue à ce jour. Dans L'Enquête, Hérodote écrit : « De tous les peuples que nous connaissons, les Lydiens sont les premiers qui aient frappé pour leur usage, des monnaies d'or et d'argent, et les premiers aussi qui aient fait le métier de revendeurs ». Il faut attendre le VIIe siècle avant notre ère, 687 avant J.-C. très exactement, pour que Gygès, roi de Lydie, fasse frapper celles qui sont aujourd'hui considérées comme les premières véritables monnaies métalliques. Cependant, à la même période, ou à une époque légèrement antérieure, on trouve des monnaies d'électrum dans les cités grecques ioniennes voisines de Phocée, de Milet et d'Éphèse (toutes trois situées sur le territoire de l'actuelle Turquie).

« Riche comme Crésus », le dernier roi de Lydie, Crésus vécu au VIe siècle avant J.-C. dans sa capitale de Sardes. Il devait sa fortune aux sables aurifères de la rivière Pactole.

L'argent ne fait pas le bonheur. Grand conquérant, mais aussi amateur d’art et de plaisirs, Crésus était très riche. Il savait cependant profiter de ses richesses. Très cultivé, il recevait à Sardes les célébrités du monde des arts et des lettres de son temps. Le philosophe Solon fut l’un d’entre eux. Pensant lui faire les honneurs de la maison, Crésus lui montra ses palais et les beaux objets qu’il possédait : magnifiques pièces d’orfèvrerie ou tableaux de maîtres. Ils dialoguèrent sur l’idée du bonheur. L’argent, suffit-il au bonheur ? « Personne ne doit être dit heureux avant sa mort », déclara Solon avec sagesse. Peu après, Crésus perdit son fils unique dans un accident de chasse. Ses richesses et son empire pouvaient-ils le consoler ?

Le nom de la bergamote (fruit du bergamotier, dont on extrait une essence d'odeur agréable) vient de l'italien bergamotta, qui est lui-même un emprunt au turc.

Qui, au Caire, n'a pas admiré la splendide Grande Mosquée d'Ibn Tulun (IXe siècle) ? Mais qui sait qu'Ahmet Ibn Tulun était un Turc, et même le plus célèbre de tous les Mamelouks, du nom de cette brillante dynastie turque qui a régné sur l'Égypte durant plusieurs siècles ?

Vous connaissez certainement le Taj Mahal d'Agra, le plus beau mausolée du monde et l'un des monuments les plus célèbres de la planète. Et bien, figurez-vous que ce prodigieux édifice, dont le plan est inspiré de la mosquée du Sultan Selim à Edirne, en Turquie, a été construit sur ordre d'un empereur turc des Indes, Chah Djahan (1628-1658), en l'honneur de Mumtaz Mahal, sa bien-aimée défunte.

Les Polovtses ne vous disent certainement pas grand-chose. Sachez simplement qu'ils étaient un peuple turc nomade, qui fit parler de lui au XIe et XIIe siècles dans les actuelles Ukraine et Russie. Saviez-vous que le prince Igor, héros par excellence de l'ancienne Russie, était lui-même au trois-quarts polovtse et que sa langue maternelle était le turc ? Incroyable, non ? Et puis qui ne connaît, après l'orchestration magistrale qu'en fit Borodine, les fameuses « Danses polovtsiennes » ?

Les ancêtres des Turcs, joliment surnommés " les Turcs célestes " (Gök Türkler), étaient des cavaliers hors pair – fait reconnu dès le premier millénaire avant l'ère chrétienne, les premiers à atteler et à monter les chevaux. Ils inventèrent la selle et l'étrier. Ces cavaliers indomptables faisaient corps avec leurs chevaux et donnaient l'impression à qui les observait d'être nés sur leur dos, de n'en être jamais descendus.

L’Ebru est l’art traditionnel turc du papier marbré, qui consiste à créer des motifs colorés en appliquant des pigments de couleur au goutte-à-goutte ou au pinceau sur de l’eau à laquelle on a ajouté des substances grasses dans un récipient, puis à transférer ce motif sur du papier. Les dessins et les effets employés dans l’art du papier marbré sont, entre autres, des fleurs, des feuillages, des motifs ornementaux, des entrelacs, des mosquées et des lunes. Ils sont utilisés pour la décoration dans l’art traditionnel de la reliure.

Yatagan, qui est le nom du sabre turc incurvé en deux sens opposés, donne en français… Yatagan.

Au IIe siècle avant Jésus-Christ, est apparu un nouveau support pour l’écriture : le parchemin, fabriqué à partir de peaux d’animaux. Le mot provient du latin « pergamineum » qui signifie « peau de Pergame ». Le roi de Pergame (ville de Turquie) avait adopté cette nouvelle technique, car l’Égypte refusait de lui envoyer du papyrus en raison de la rivalité qui opposait les célèbres bibliothèques d'Alexandrie et de Pergame.

Le bonnet phrygien : la Phrygie est un ancien pays d'Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, vers 1200 avant J.-C. Le bonnet est repris en France au début de l'été 1790 comme symbole de la liberté et du civisme en souvenir de la coiffe que portaient les esclaves affranchis en Phrygie. Ainsi, le bonnet phrygien devint le symbole de la révolution française.

Une sébile est une petite coupe destinée à recevoir l'aumône. Elle vient de la tradition ottomane de distribuer l'eau des fontaines publiques à tous les citoyens. Le mot turc est sebil.

Les vins en Turquie ont joué un rôle important dès les temps anciens et certaines régions viticoles telles que la Cappadoce ont été les premières en terme de production. La vinification a commencé en Anatolie vers les 2 000 avant J.C., à l'époque des Hittites l'Anatolie s'appelait Wiyanawanda "le pays du vin". La Turquie est le 4e pays en surface viticole au monde avec 480 000 hectares de vigne. (la France possède 785 000 hectares.). La grande majorité des vins sont blancs (beyaz), le reste se partageant entre les rosés (pembe) et les rouges (kırmızı).

Le mot kiosque vient du turc kösk (prononcer « keuchk »).

Le terme « odalisque », apparu en 1624, est un emprunt au mot turc « odalik », qui désigne une concubine rattachée au harem ottoman.

C'est après le siège de Vienne par les Ottomans, en 1683, que la mode du croissant, dont la forme reprend l'emblème qui ornait – et orne encore – le drapeau des Turcs, se propage en Europe. Pour célébrer l'échec de la campagne viennoise des Ottomans, un astucieux cuisinier eut en effet l'idée de confectionner cette délicieuse pâtisserie en forme de croissant. Lors de ce même siège, les Turcs firent également découvrir le goût du café aux Viennois, et, à travers eux, aux Européens.

La Turquie est le premier pays producteur et le plus grand exportateur mondial de noisettes, avec près de 80 % de part de marché. Ceci peut s’expliquer par le fait que la Turquie est l’un des rares pays qui bénéficient des conditions climatiques les plus favorables à cette production. D'immenses vergers s'étendent à perte de vue, sur plus de 450 000 hectares, le long des côtes de la mer Noire, depuis Zonguldak (à l’est d’Istanbul) jusqu’à la frontière avec la Géorgie.

En venant en Turquie, vous aurez peut-être envie de découvrir et emporter, au rayon épicerie l’huile de pistache autrement appelée « Or Vert » ou Antep fıstığı yağ. Obtenue par pression naturelle de pistaches d’Antep, produites sur les plateaux d’Anatolie dans le sud-est de la Turquie. Variété à coque grise de pistaches récoltée à pleine maturité au mois de septembre. Cette huile saura donner un goût tout oriental à vos salades. 

Le café turc allie des techniques spéciales de préparation et de cuisson à une culture commune riche en tradition. Les grains fraîchement torréfiés sont moulus de façon à obtenir une poudre fine ; on verse ensuite à ce café moulu, de l’eau froide et du sucre dans une casserole, que l’on met à cuire à feu doux pour que de la mousse se forme à la surface. Le café est servi dans de petites tasses avec un verre d’eau.

Le sorbet, cette sorte de glace sans crème qui peut prendre la forme d'une boisson à demi-glacée à base de sucre et de jus de fruits, vient des Turcs ! Le nom l'atteste, il est dérivé de l'italien sorbetto, lui-même issu du turc serbet (prononcer « cherbette »).

L’Ancien Antioche sur Oronte, aujourd'hui Antakya. L'un des généraux d'Alexandre, Antigone, fonda la ville en 307 avant J.-C..Elle comptait plus 500 000 habitants au IIe siècle avant J.-C, ce qui en faisait la deuxième cité la plus peuplée après Rome. Fief de Saint Simon et de Saint Pierre, Antioche joua un grand rôle. dans l’histoire du christianisme. Saint Paul y fit plusieurs séjours et dirigea la communauté religieuse. C'est à Antioche, dans l'église troglodytique Saint Pierre, que le mot « chrétien » fut utilisé pour la première fois pour désigner les adeptes.

Nemrut Dağ, le tombeau d'Antiochos Ier (69 à 34 av. J.-C.), qui régna sur le Commagène, royaume constitué au nord de la Syrie et de l'Euphrate après le démembrement de l'empire d'Alexandre, représente l'une des plus colossales entreprises de l'époque hellénistique. Le syncrétisme de son panthéon et la filiation légendaire grecque et perse de ses rois témoignent de la double origine de la culture et de l'esthétique de ce royaume.

Fêté le 6 décembre dans l’Église catholique, Saint Nicolas de Myre est né vers l’an 270 à Patara, en Lycie, dans l’actuelle Turquie. Peu de saints peuvent se vanter d’une telle popularité établie dans toute l’Europe, le Moyen-Orient, la Russie et les Amériques. Sur les icônes, Saint Nicolas est souvent représenté avec un livre et trois boules d’or. Ces trois boules symbolisant les dots que Nicolas donna secrètement à trois jeunes filles, afin que leur père puisse les marier et leur éviter la prostitution. Le chiffre 3 rappelle certainement aussi la Trinité, que Nicolas défendit, face à l’arianisme, durant le Concile de Nicée, en 325.

Selon le naturaliste Pline, les cerises auraient été ramenées des côtes de la mer Noire par Lucullus, grand gastronome certainement, mais aussi général. Lucullus les aurait découvertes là-bas, en 69 avant J.-C., lors de la guerre que Rome soutint contre Mithridate Eupator, aux environs de la ville turque de Giresun, alors nommée Cérasos (ou Kerasus). D'où leur nom. Il est vrai qu'en Turquie nous sommes grands amateurs de cerises (« kiraz ») et que le jus de cerise est une boisson très prisée.

Terminons avec la cerise…

Nous allions au verger cueillir des bigarreaux – Victor Hugo

Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,
Penchée, elle m'offrait la cerise à sa bouche ;
Et ma bouche riait, et venait s'y poser,
Et laissait la cerise et prenait le baiser.

 

Şentürk Demircan